Les concepts de Maria Montessori ont été transposés aux Etats-Unis et enrichis des connaissances
apportées par les neurosciences ces vingt dernières années. En étudiant le rôle
des amygdales cérébrales, groupes de neurones préservés jusque très tardivement
chez les personnes atteintes de démence de type Alzheimer on constate que :
Si le cerveau
rationnel est altéré le cerveau émotionnel fonctionne ! Si la mémoire
déclarative est altérée, la mémoire procédurale fonctionne !
Aussi en
contournant les déficits, en s’appuyant sur les habiletés préservées, il est
possible que les personnes atteintes de troubles cognitifs réapprennent des
gestes du quotidien, comme manger, se brosser les dents…tous ces gestes ne sont
pas définitivement perdus, ils sont stockés dans notre mémoire à long terme,
cette mémoire procédurale, à condition qu’ils aient été répétés tout au long de
notre vie…et ils peuvent être réhabilités.
C’est alors
notre regard qui change, c’est aussi une remise en question du nihilisme
thérapeutique, c’est normaliser la personne, la remettre dans tout ce qu’elle a
d’humain, et ne pas la réduire à « un Alzheimer » expression devenue
générique !!
« …la plus
grande source de découragement réside dans la conviction qu’une personne est
incapable de faire quelque chose… » M.Montessori
Contribuer à
retrouver estime de soi et dignité valorise le rôle des accompagnants.
L’environnement
des personnes est repensé afin qu’il soutienne les comportements et
l’autonomie.
Nous empruntons
la devise de Maria Montessori : « Aide-moi à faire seul »
Maria
Montessori disait aussi :« Ce qui est le plus difficile est de
se libérer de nos préjugés »
Pour aller plus loin ...
Malgré l’ampleur des déficits cognitifs liés à leur pathologie, les personnes atteintes de troubles cognitifs ont les mêmes besoins fondamentaux que tout un chacun. Parmi ces besoins figurent notamment : l’estime de soi, les possibilités d’exprimer ses pensées et ses affects, l’accomplissement personnel, le sentiment d’appartenance à une communauté de vie et celui de vivre une vie digne porteuse de sens et de qualité de vie. De nombreux troubles psycho-comportementaux peuvent être liés à l’absence de satisfaction de ces besoins fondamentaux. La pédagogie de Maria Montessori dans l’accompagnement des
adultes âgés atteints de démences de type Alzheimer et apparentées permet aux soignants de proposer aux malades des activités stimulantes qui visent la satisfaction de l’ensemble de ces besoins.
La plupart du temps, les activités développées pour les malades font l’objet de deux critiques majeures. Le nombre de celles qui seraient véritablement adaptées à la spécificité de leur état serait insuffisant. Souvent, elles correspondraient à de simples passe-temps dont le contenu aurait la fâcheuse tendance à être infantilisant. En institution, les familles de résidents atteints se plaignent souvent que leurs proches passent une grande partie de leur temps sans stimulation et comme retirés du monde. L’apathie est un symptôme majeur de la pathologie qui rend nécessaire l’établissement de programmes d’activités stimulants et adaptés.
De plus, le manque d’activités engendre souvent chez le malade une humeur déprimée, de l’ennui, de la frustration voire même de l’anxiété et de l’agitation.
Il nous apparaît que tout ce que nous faisons, du moment où nous nous levons jusqu’au moment de notre coucher, peut être considéré comme un ensemble d’activités. Toute personne peut être plus ou moins fière de ce qu’elle a accompli durant une journée et ce sentiment de succès ou d’échec affecte son estime d’elle-même. La satisfaction que nous éprouvons à l’égard de notre propre vie ainsi que l’idée que nous nous faisons de notre propre valeur sont grandement déterminées par les activités que nous réalisons quotidiennement. Ceci reste vrai lorsqu’une personne est atteinte de troubles cognitifs. Il est donc nécessaire que le malade effectue quotidiennement des activités nombreuses, stimulantes, sociales et qui ne le mettent pas en échec mais contribuent au contraire à le valoriser. Pour ce faire, celles-ci doivent donc être rigoureusement adaptées à son état.
La question se pose alors de savoir comment adapter les activités à la spécificité de la pathologie, à ces différents stades et à la variabilité des troubles de chaque personne atteinte. De plus, lorsque l’on s’efforce de créer un programme d’activités pour les malades deux questions se posent : Que faire lorsqu’ils ne parviennent pas à réaliser une tâche correctement ? Que faire lorsqu’ils y parviennent ? En effet, il arrive souvent que, lorsqu’une personne manifeste une aptitude à réaliser une activité donnée, elle soit constamment sollicitée pour l’accomplir à nouveau. Cette activité ainsi répétée tend à devenir de moins en moins stimulante pour elle et à perdre progressivement tout sens. Par exemple, nous avons pu observer dans plusieurs maisons de retraite des résidents, assis à une table, qui pliaient du linge indéfiniment. La question se pose de savoir quelles nouvelles activités proposer selon que le malade manifeste une aptitude ou une inaptitude à réaliser certaines tâches. De plus, comment faire en sorte que ces activités conservent du sens et soient toujours stimulantes pour lui ?
La pédagogie de Maria Montessori dans l’accompagnement des
adultes âgés atteints de démences de type Alzheimer et apparentées apporte des réponses et des solutions à l’ensemble de ces questions.
Elle permet de proposer une large variété d’activités qui mobilisent des facultés cognitives, sensorielles et motrices diverses. Elle permet aussi de les complexifier, de les simplifier et de les diversifier à loisir afin de répondre à la spécificité de l’état de chaque malade et de susciter de sa part de l’apprentissage. Elle garantit enfin la préservation du sens de chaque activité ainsi que son potentiel de stimulation. L’ensemble des activités Montessori adaptées aux personnes malades n’a rien d’infantilisant et n’est pas simplement occupationnel. Son adaptation aux démences de type Alzheimer est basée sur un savoir issu des neurosciences.
Celui-ci permet de tenir compte, dans l’élaboration des activités, des difficultés propres à la personne du fait de son atteinte cérébrale. Il s’agit autant que possible de contourner ses déficits cognitifs pour s’appuyer sur ses facultés persistantes afin de soutenir leur réalisation avec succès. Les facultés persistantes concernent la mémoire profonde, la mémoire procédurale ainsi que la réceptivité et l’expression des affects. La sollicitation de la mémoire procédurale permet aux malades d’apprendre ou de réapprendre.
Les principaux objectifs de La pédagogie de Maria Montessori dans l’accompagnement des
adultes âgés atteints de démences de type Alzheimer et apparentéessont de proposer à ces personnes des activités qui leur permettent de conserver aussi longtemps que possible, voire même d’améliorer, leurs capacités à accomplir les actes de la vie quotidienne tels que se nourrir, préparer des repas simples, s’habiller et participer à des activités ludiques. Ceci, y compris à un stade avancé de la pathologie. Cette méthode fournit des stimulations intellectuelles favorisées par l’absence de mise en échec et de confrontation du malade à ses déficits. Le but de la méthode Montessori est aussi de permettre aux personnes âgées d’être les plus indépendantes possible, capables de faire des choix tout en étant traitées dignement et avec respect. Elle est traditionnellement utilisée auprès d’enfants mais a été modifiée pour répondre à la spécificité des personnes atteintes de démences de type Alzheimer. Elle leur permet enfin en faisant appel à leurs capacités persistantes de comprendre le monde qui les entoure, d’avoir accès à une participation sociale, d’interagir avec leur environnement et de bénéficier d’une qualité de vie source de dignité, de bien être et d’estime de soi.